Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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La Mort De Quentin Deranque

La Mort De Quentin Deranque

Un Drame Qui Interroge Notre Rapport À La Violence

Quand La Violence Devient Un Langage Politique

Il y a des morts qui sidèrent, d’autres qui divisent, et certaines qui font les deux à la fois. La mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite décédé à Lyon en février 2026, appartient à cette catégorie trouble, où l’émotion collective se mêle immédiatement à l’affrontement idéologique. Très vite, les réactions ont suivi des lignes prévisibles : l’ériger en martyr pour les un·e·s, considérer qu’il aurait provoqué sa propre fin pour les autres. Entre ces deux récits antagonistes, une réalité demeure : une vie a été ôtée, et rien ne peut rendre cela anodin.

Ce drame surgit dans un contexte déjà saturé de tensions politiques, de radicalisation des discours et de banalisation de la confrontation physique comme mode d’expression. Ce n’est pas un fait divers isolé, mais un symptôme. Il révèle un climat où la violence n’est plus seulement redoutée, mais parfois intégrée comme une variable acceptable du débat public. C’est précisément ce glissement qui mérite d’être interrogé, sans complaisance et sans simplification.

Condamner la violence ne devrait jamais être un exercice à géométrie variable. Toute violence politique est une impasse, qu’elle se revendique antifasciste, identitaire ou révolutionnaire. Elle détruit des corps, fracture le tissu social et affaiblit l’État de droit. À cet égard, la mort de Quentin Deranque est bien un drame, et elle doit être nommée comme telle, sans réserve ni hiérarchie morale entre les victimes.

Mais refuser la violence ne signifie pas effacer les responsabilités individuelles et collectives. Quand des mouvements font de l’affrontement un horizon stratégique, ils exposent aussi leurs propres militant·e·s à des retours de flamme. L’histoire politique récente regorge d’exemples où la surenchère viriliste et la culture du choc ont fini par produire des morts, rarement héroïques, toujours inutiles. La violence appelle la violence, et ce mécanisme est aussi ancien que prévisible.

Certain·e·s soutiennent qu’évoquer cette logique revient à justifier l’irréparable. Ce serait une erreur de lecture. Expliquer n’est pas excuser. Reconnaître que des trajectoires militantes valorisent l’affrontement physique ne revient pas à absoudre celleux qui frappent, mais à rappeler que les choix idéologiques ont des conséquences concrètes. La lucidité politique commence précisément là : dans la capacité à regarder les enchaînements, même lorsqu’ils dérangent.

Dans ce débat, un autre écueil apparaît : celui de la récupération. Instrumentaliser une mort pour disqualifier un camp entier est une facilité dangereuse. Les accusations globales, les amalgames hâtifs et les procès d’intention affaiblissent la recherche de vérité et nourrissent un climat de suspicion généralisée. La justice doit faire son travail, et elle seule peut établir les responsabilités pénales.

(dans le respect strict de la présomption d’innocence).

Reste une question souvent évacuée par confort idéologique : celle de la légitime défense. Chacun et chacune a le droit de se défendre face à une agression réelle et immédiate. Ce principe n’est ni de droite ni de gauche, il est au cœur du droit. Mais la défense n’est pas la vengeance, et encore moins la traque organisée. Confondre les deux, c’est ouvrir la porte à une spirale où plus personne ne maîtrise l’escalade.

Comme l’écrivait « La violence est l’ultime refuge de l’incompétence politique », Hannah Arendt. Cette phrase, souvent citée, conserve une acuité brutale. Lorsqu’un espace politique n’offre plus que des coups comme langage, c’est qu’il a échoué à produire du sens, du débat et des limites partagées.

Mon positionnement est clair : je condamne toutes les violences, sans exception, et je refuse de transformer un mort en totem idéologique. Mais je refuse tout autant l’angélisme. Les discours qui exaltent l’affrontement portent une responsabilité morale. Ils créent des climats où l’irréversible devient possible.

La mort de Quentin Deranque nous oblige collectivement à une exigence : sortir de la fascination pour la brutalité politique, réaffirmer la primauté du droit et reconstruire des espaces de confrontation non violente. Ce n’est ni tiède ni naïf. C’est, au contraire, une condition minimale pour que le conflit démocratique reste un conflit vivant, et non un champ de ruines


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