Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Diabolisation De LFI : Pourquoi On S’écharpe Autour Du Café ?

Diabolisation De LFI : Pourquoi On S’écharpe Autour Du Café ?

Quand La Politique S’invite À Table

Rire Ensemble Sans Renoncer Au Débat

Il y a toujours ce moment. Celui où quelqu’un prononce le nom de La France Insoumise entre le fromage et le dessert. Et là, soudain, l’air devient légèrement plus dense. On ajuste sa posture. On regarde son verre. On se dit que l’on va parler météo. Raté.

Je ne sais pas vous, mais j’ai souvent l’impression que la diabolisation de LFI fonctionne un peu comme une alarme incendie invisible : personne ne l’a déclenchée officiellement, mais tout le monde entend la sirène. Est-ce spontané ? Est-ce orchestré ? La question traverse le débat public depuis plusieurs années, au point de devenir un objet d’étude en soi. Des travaux en sciences politiques montrent comment le cadrage médiatique peut accentuer les traits les plus clivants d’un mouvement, surtout lorsque celui-ci revendique une rupture systémique. Cela ne signifie pas complot généralisé (respirons), mais cela interroge notre manière collective de fabriquer des images politiques.

Le philosophe Jürgen Habermas rappelait : « La démocratie, c’est la discussion », Jürgen Habermas. Cette phrase me revient souvent. Parce qu’au fond, la diabolisation pose une question très simple et très inconfortable : peut-on encore discuter sans disqualifier ?

Dans les quartiers populaires où La France Insoumise réalise des scores élevés, des enquêtes sociologiques montrent un phénomène intéressant : le stigmate peut devenir un étendard. Erving Goffman l’a analysé depuis longtemps : ce qui est présenté comme une marque négative peut être réapproprié comme signe de fierté. Avoue que cela nous est déjà arrivé, à une échelle plus modeste. Cette remarque un peu vexante qui, à force, devient notre blason personnel.

Pour certain public, la diabolisation de LFI renforce le sentiment d’appartenir à un bloc de résistance. Pour d’autres, elle crée de la fatigue. Les données électorales récentes montrent à la fois une consolidation dans certains bastions urbains et un plafond difficile à franchir ailleurs. Les sondages (avec leurs marges d’erreur et leurs biais déclaratifs que les méthodologues rappellent régulièrement) suggèrent un soutien solide mais polarisé. En clair : on adore ou on s’inquiète. Le tiède semble rare.

Et puis il y a la question de la fragmentation de la gauche. Là encore, l’histoire française n’est pas avare d’exemples. Le Parti Communiste Français a connu, au XXe siècle, des périodes de forte stigmatisation tout en conservant une implantation populaire durable. À l’international, Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce ont traversé des séquences similaires. Les comparaisons montrent que la polarisation peut à la fois mobiliser et isoler. Tout dépend du contexte institutionnel, économique, culturel. (Oui, la politique est rarement un film en noir et blanc.)

Alors je me demande : la rhétorique conflictuelle est-elle un frein à l’élargissement vers des électorats plus modérés ? Peut-être. Mais elle peut aussi répondre à une demande d’expression plus directe. Les études en psychologie politique indiquent que le sentiment d’injustice perçu alimente l’engagement. À l’inverse, l’excès de tension peut produire de la lassitude civique. Nous oscillons, collectivement, entre ces deux pôles.

La question démocratique demeure centrale. La diabolisation de LFI est-elle une menace pour le pluralisme ? Dans une République fondée sur la liberté d’expression et l’égalité politique, marginaliser symboliquement une force représentée à l’Assemblée nationale interroge. Les critiques sur certaines positions internationales sont légitimes lorsqu’elles sont argumentées. Elles le sont moins lorsqu’elles servent de raccourci disqualifiant. Là encore, tout est affaire de nuance.

À l’horizon 2026, les scénarios prospectifs élaborés par des instituts spécialisés montrent plusieurs trajectoires possibles : consolidation d’un noyau militant, élargissement partiel, ou recomposition plus large de la gauche. Rien n’est écrit. La capacité à transformer une colère sociale en projet de rassemblement crédible sera déterminante. Et cela ne concerne pas seulement LFI, mais l’ensemble du paysage politique.

Au fond, je crois que ce qui nous relie, malgré nos désaccords, c’est une attente commune : être entendu sans être caricaturé. Nous pouvons débattre fermement, défendre nos convictions, interroger la stratégie de rupture ou ses limites. Mais nous partageons un même espace démocratique.

Alors la prochaine fois que le nom de LFI surgira entre le fromage et le dessert, peut-être pourrons-nous sourire intérieurement. Non pas parce que tout est simple. Mais parce que, malgré la polarisation, nous continuons à parler. Et tant que la discussion reste possible, la démocratie respire encore un peu.


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