Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Lutte Contre La Mafia En Corse : Une Responsabilité Collective

Lutte Contre La Mafia En Corse : Une Responsabilité Collective

Comprendre Les Pressions Mafieuses Sur Les Élus Locaux

Mobilisation Citoyenne Et Espoir Pour La Corse

J’apporte mon soutien total à la coordination antimafia qui tenait une conférence de presse samedi matin à Ajaccio afin d’appeler les élus locaux à « libérer leur parole ».

Un soir d’automne à Bonifacio, une élue locale me confiait, à voix basse, combien certaines décisions d’urbanisme pouvaient devenir lourdes à porter. Pas à cause de leur complexité technique, mais en raison des regards insistants, des appels ambigus, des silences pesants. La lutte contre la mafia en Corse ne commence pas dans les tribunaux : elle commence souvent dans la solitude d’un bureau municipal.

En Corse, la question des pressions mafieuses sur la vie publique n’est ni un fantasme ni une fatalité. Des travaux parlementaires, des analyses judiciaires et des enquêtes académiques ont documenté l’existence de réseaux criminels capables d’exercer une influence diffuse sur certains secteurs stratégiques, notamment le foncier et le bâtiment. Les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) deviennent alors des espaces sensibles. Modifier un zonage, attribuer un permis, requalifier un terrain peut représenter des enjeux financiers considérables. Là où l’argent circule, la tentation d’influence grandit.

Pourtant, réduire la situation à une opposition simpliste entre élu·e intègre et réseau criminel serait injuste. La réalité est plus complexe. Les rapports de la Cour des comptes et les données des juridictions spécialisées montrent combien la preuve est difficile à établir. Les statistiques judiciaires, si elles éclairent les condamnations et les saisies, ne mesurent pas toujours l’autocensure, la peur ou les renoncements invisibles. Le phénomène mafieux prospère aussi dans les interstices du silence.

À ce silence s’ajoute un poids psychologique rarement évoqué. Des responsables locaux décrivent un stress constant, une vigilance accrue pour protéger leur entourage, parfois un isolement progressif. La question de la mafia reste souvent absente des campagnes municipales. Peur de stigmatiser le territoire, crainte de représailles, volonté de ne pas fracturer l’électorat : les raisons sont multiples. Je repense ici aux mots d’Edmund Burke, philosophe irlandais du XVIIIe siècle : « Il suffit que les hommes de bien ne fassent rien pour que le mal triomphe ». Cette phrase résonne moins comme un reproche que comme un appel à la vigilance collective.

Face à cela, le cadre légal existe. La charte de l’élu local, les lois sur la transparence de la vie publique, les dispositifs de prévention des conflits d’intérêts constituent des garde-fous. Des organisations comme Transparency International évaluent régulièrement les standards d’intégrité publique à partir d’indices comparatifs et d’enquêtes de perception. Ces outils ne sont pas parfaits (ils reposent souvent sur des déclarations et des indicateurs indirects), mais ils rappellent une exigence fondamentale : la probité n’est pas une option, elle est la condition de la confiance démocratique.

Former et protéger les responsables publics est un autre levier essentiel. Le Centre national de la fonction publique territoriale propose des modules sur l’éthique et la gestion des risques. Des associations accompagnent les collectivités dans la mise en place de référent·e·s déontologues. Toutefois, les études d’évaluation soulignent que la formation seule ne suffit pas si elle n’est pas adossée à des dispositifs de soutien concret : cellules d’écoute, procédures d’alerte sécurisées, protection effective des lanceurs et lanceuses d’alerte. La lutte contre la mafia en Corse exige des institutions solides et une culture partagée de l’intégrité.

Regarder au-delà de l’île peut aussi éclairer le chemin. En Italie du Sud, la lutte contre la Cosa Nostra a reposé sur un triptyque : action judiciaire déterminée, confiscation des biens criminels, mobilisation citoyenne. Les recherches universitaires montrent que la réduction durable de l’influence mafieuse passe par la réappropriation sociale des biens saisis et par l’éducation civique. La transposition n’est jamais mécanique (les contextes historiques et institutionnels diffèrent), mais l’idée demeure : quand la société se mobilise, le crime organisé recule.

Je crois profondément que la responsabilité ne repose pas uniquement sur les épaules des élu·e·s. Chaque vote, chaque débat public, chaque exigence de transparence participe à façonner l’espace commun. Choisir des programmes clairs sur la gouvernance locale, soutenir un journalisme indépendant, s’informer sur l’attribution des marchés publics : autant d’actes discrets mais puissants.

Imaginer une Corse libérée de toute influence mafieuse n’est pas naïf. C’est une perspective construite sur des décisions concrètes : renforcer les contrôles, protéger celleux qui parlent, développer une économie locale éthique et durable. La lutte contre la mafia en Corse est un chemin collectif, patient, exigeant, mais porteur d’espoir. Elle suppose de refuser la résignation sans céder à la caricature.

Je veux croire que la dignité et la solidarité sont plus fortes que la peur. Que la transparence peut devenir une habitude. Et que, pas à pas, une culture d’intégrité peut s’enraciner durablement dans la vie publique insulaire.

Sources fiables et vérifiables :

  1. Rapport Public Annuel De La Cour Des Comptes, 2023
  2. Indice De Perception De La Corruption, 2023
  3. Rapport Parlementaire Sur La Lutte Contre La Criminalité Organisée, 2022
  4. Études Sur La Confiscation Des Biens Mafieux En Italie, 2021

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