J’ai déjà accompli deux missions de conseil au sein de la même entreprise. Il semblerait qu’elles aient été réellement satisfaites de mes services, car elles m’ont confié une troisième mission, cette fois-ci pour un conseil en recrutement.
Je ne suis pas vraiment qualifiée pour donner ce genre de conseils, mais je me suis tout de même penchée sur la question. L’entreprise était à la recherche d’une personne responsable pour une équipe de huit individus qui paraissait fonctionner assez efficacement, d’après l’audit que j’avais réalisé deux ans plus tôt.
Quatre candidats, dont une femme, ont été choisi·e·s pour ce poste, avec une personne favorite parmi elleux. Après une audition en vidéoconférence, la première à être éliminée était justement leur favori, qui avait un caractère fort, expressif et irrespectueux. Il lui manquait de charisme et se demandait pourquoi il devait participer à cette mascarade avec moi, sachant qu’il était de toute façon le meilleur.
Sa franchise, parfois excessive, son obstination à atteindre ses objectifs, même s’il doit empiéter sur les responsabilités de ses collègues, peuvent être intimidantes et envahissantes. Il préfère suivre sa propre voie plutôt que de se conformer à la pensée commune.
Cette personnalité forte est très déterminée et peut-être difficile à gérer au bureau. Elle n’aime pas les conversations futiles et les banalités qui la frustrent, car elle a des tâches plus importantes à accomplir. Elle est très impliquée dans son travail et peut peiner à travailler avec des personnes qui ont une approche différente de la sienne.
Parmi les autres candidat·e·s, il y avait une personne charmeuse, très charismatique, mais dépourvue de substance, tandis que la femme se distinguait par sa discrétion, son calme et son sérieux. Elle croyait que simplement présenter son CV suffirait pour être embauchée. Elle avait tendance à mettre l’accent sur les faits, les chiffres, les détails et ses qualifications, contrairement à la personne charmeuse qui privilégiait l’intuition et utilisait des techniques de narration.
Le dernier candidat, considéré comme le second favori de l’entreprise, avait un profil atypique et manquait d’assertivité. Il avait une approche collective, mais il ne cherchait pas à prendre le contrôle de l’entretien : il était attentif à mes paroles, écoutait beaucoup et s’adaptait à mes propos. En fin de compte, il n’a rien fait pour se mettre en valeur et me convaincre qu’il était le bon choix à embaucher, plutôt qu’un autre.
J’ai donc rendu mon sujet en privilégiant la femme ou leur second favori qui s’intégrera plus facilement à l’équipe, sans faire de vagues, contrairement à leur premier favori qui s’intègrera comme un chien au milieu d’un jeu de quilles et comme une personne déplacée au milieu d’un groupe, ou au charmeur charismatique qui attendra tout des autres.
Finalement, leur choix s’est porté sur leur premier favori qui s’est comporté exactement comme je l’avais pressenti. Mais ils ont adapté leur contrat d’embauche à mes dires et ils ont pu s’en défaire. Au bout du compte, c’est la femme qui a été choisie pour son grand professionnalisme.






