L’Impact De La Parentalité Sur La Répartition Des Responsabilités
Vers Une Coparentalité Équilibrée : Enjeux Et Solutions
L’arrivée d’un premier enfant est souvent présentée comme une étape qui transforme profondément la vie familiale. Elle transforme aussi, plus discrètement, la répartition des responsabilités. Derrière les discours contemporains sur la coparentalité et l’égalité, les études montrent qu’une naissance peut réactiver des rôles de genre que l’on croyait en voie de disparition.
Les travaux de Janeen Baxter et de ses collègues, fondés sur le suivi longitudinal de milliers de personnes en Australie, permettent de mesurer cette évolution dans le temps. Avant de devenir parents, les femmes et les hommes consacrent des volumes relativement proches au travail domestique et aux soins non rémunérés. L’écart se creuse nettement au moment de l’arrivée d’un enfant. La première année de parentalité s’accompagne d’une forte augmentation du temps consacré aux soins par les femmes, beaucoup plus importante que celle observée chez les hommes. Cinq ans après la naissance ou l’adoption du premier enfant, l’écart demeure marqué, et il reste significatif dix ans plus tard.
Ce constat mérite toutefois d’être formulé avec précision. L’étude ne démontre pas que les pères deviennent individuellement plus sexistes après la naissance. Elle met en évidence un processus de différenciation des rôles : les femmes augmentent beaucoup plus leur participation au travail domestique et aux soins, tandis que le temps consacré par les hommes progresse nettement moins. Parler de « retour du sexisme » peut donc être suggestif, mais risque de transformer un phénomène social mesurable en jugement porté sur les individus.
La situation française présente des mécanismes comparables, notamment dans la sphère professionnelle. Selon une étude de l’Insee publiée en 2022, après une naissance, les mères réduisent beaucoup plus fréquemment leur temps de travail que les pères. Toutes choses égales par ailleurs, le recours au temps partiel augmente de 31 points pour les mères, contre 3 points pour les pères. Dans le même temps, les pères ont davantage tendance à intensifier leur activité professionnelle.
Cette différence n’est pas sans conséquences. Lorsque l’un des parents réduit davantage son activité rémunérée pour prendre en charge l’enfant, il devient mécaniquement plus disponible pour le travail domestique et parental. Ce choix peut répondre à des préférences personnelles, à des contraintes économiques ou professionnelles, mais aussi à des normes sociales qui associent encore fortement maternité et disponibilité familiale. L’Insee observe ainsi qu’après une naissance, les mères déclarent plus souvent manquer de temps pour accomplir correctement leur travail, tandis que les pères connaissent davantage certaines formes d’intensification professionnelle.
Il serait pourtant réducteur de présenter les pères comme simplement désengagés et les mères comme enfermées dans un rôle traditionnel. Les recherches de l’Australian Institute of Family Studies montrent que certaines familles parviennent à organiser un partage plus équilibré, notamment lorsque les deux parents discutent explicitement de leurs responsabilités et lorsque les conditions professionnelles permettent aux pères de prendre une place effective dans les soins. L’institution souligne aussi que l’implication du père dès les premiers mois peut contribuer à installer des habitudes de partage qui se prolongent ensuite.
Le véritable enjeu se situe donc moins dans les intentions déclarées que dans les conditions concrètes qui rendent certaines répartitions plus probables que d’autres. Congés parentaux, horaires de travail, rémunérations, organisation des entreprises et représentations de la maternité et de la paternité participent ensemble à la construction des rôles familiaux.
La parentalité n’efface donc pas nécessairement les aspirations égalitaires. Elle peut au contraire révéler l’écart entre ces aspirations et les contraintes qui structurent la vie quotidienne. Comprendre cet écart suppose de regarder au-delà des comportements individuels : l’égalité parentale ne dépend pas seulement de la volonté de partager, mais aussi de la possibilité réelle de le faire. Reste alors une question essentielle : quelles transformations des pratiques professionnelles, des politiques familiales et des représentations permettraient que la naissance d’un enfant ne marque plus, presque mécaniquement, le retour de rôles que les sociétés contemporaines cherchent pourtant à dépasser ?







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