Emmanuel Macron, Le Grand Absent Des Célébrations Religieuses
Le Pape Léon XIV, Un Invité Que Macron Préfère À Distance
La visite de Léon XIV en France remet la laïcité devant son miroir. Non pas parce qu’un pape foulerait pour la première fois le sol français depuis des siècles, mais parce que la République doit, une nouvelle fois, organiser la rencontre entre un État qui se veut neutre et une institution religieuse dont la puissance symbolique reste considérable. Et, accessoirement, parce qu’une question légèrement inconfortable mérite d’être posée : que penserait-on du spectacle si la même foule, au même endroit, se rassemblait pour un immense prêche musulman ?
La visite aura lieu du 25 au 28 septembre 2026, à Paris, Lourdes et Metz. Il s’agit d’un voyage apostolique, organisé notamment à l’invitation du président de la République, des autorités catholiques françaises et de l’UNESCO. L’État mobilise d’ailleurs un dispositif de sécurité exceptionnel pour un événement officiellement qualifié de « grand événement ».
Le détail qui fait tousser est ailleurs. Emmanuel Macron n’assistera à aucune des messes célébrées par Léon XIV. Il sera pourtant présent dans les séquences institutionnelles : accueil à Orly, réception à l’Élysée et, surtout, intervention prévue à Metz autour de l’Europe. Pour la messe parisienne du 26 septembre, place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, le président sera représenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu et par son épouse, Brigitte Macron.
On peut y voir une distinction assez simple entre la représentation de la République auprès d’un chef religieux et la participation personnelle à un rite religieux. Mais la frontière devient moins nette dès lors que le chef de l’État accueille le pape, dialogue avec lui, participe aux séquences diplomatiques et introduit à Metz son discours consacré à l’Europe. La laïcité n’interdit évidemment pas à la République de dialoguer avec les religions. Elle impose surtout que l’État ne confonde pas son rôle institutionnel avec celui d’un croyant.
C’est précisément ce qui rend la comparaison avec les autres religions intéressante. Imaginons donc, pour une fois, une immense cérémonie musulmane organisée sur un lieu aussi central, avec une personnalité religieuse étrangère, une foule considérable et une forte présence médiatique. Le réflexe serait-il exactement le même ? Les mêmes arguments invoqueraient-ils la culture, l’histoire, le patrimoine, la diplomatie et le caractère exceptionnel de l’événement ? Ou bien certains découvriraient-ils soudain que la neutralité de l’État mérite d’être surveillée de beaucoup plus près ?
La question ne vise pas à établir une équivalence artificielle entre les religions. L’histoire de la France, la place du catholicisme dans son patrimoine et les relations diplomatiques avec le Saint-Siège constituent des données particulières. Notre-Dame, Lourdes ou certaines traditions nationales ne sont pas interchangeables avec n’importe quel lieu de culte. Mais la laïcité ne peut pas être une règle dont l’intensité varie selon la religion concernée. C’est précisément lorsqu’une tradition paraît familière qu’une démocratie doit vérifier si ses principes restent réellement généraux.
Le malaise est renforcé par les relations parfois contrariées entre l’Élysée et le Vatican. Plusieurs médias ont rapporté des désaccords autour du programme, notamment l’absence de rencontre entre Léon XIV et les personnes ayant participé à la reconstruction de Notre-Dame. L’Élysée minimise toutefois toute tension et attribue cette absence à des contraintes d’agenda. Il serait donc excessif de transformer des divergences protocolaires en crise diplomatique.
Reste une autre réalité, moins confortable encore : cette visite intervient alors que l’Église catholique française porte toujours les conséquences de la crise des violences sexuelles. Léon XIV doit rencontrer des personnes victimes de violences sexuelles à Lourdes. La visite n’est donc pas seulement une affaire de cloches, de papamobile et de cérémonial : elle confronte aussi l’institution à une histoire douloureuse dont la reconnaissance et le traitement demeurent scrutés.
La vraie question n’est peut-être donc pas de savoir si la France doit accueillir un pape. Elle est de savoir si elle appliquerait exactement les mêmes principes à n’importe quelle autre religion, avec la même politesse diplomatique, la même tolérance culturelle et la même vigilance laïque. Si la réponse est oui, la République peut regarder la cérémonie sans trembler. Si elle hésite, ce n’est peut-être pas le pape qui met la laïcité à l’épreuve, mais notre propre capacité à la définir sans préférence culturelle.







Laisser un commentaire