La Technologie Comme Outil De Libération Spirituelle
Éthique Et Responsabilité Dans L’Usage De L’Intelligence Artificielle
C’est mon regard agnostique qui chapeaute cet article en ne disant qu’une seule chose, « Je ne sais pas ! ».
Léon XIV place désormais l’intelligence artificielle au cœur de sa réflexion sur l’avenir humain. Lors de son voyage en France, en septembre 2026, comme dans sa première encyclique, Magnifica humanitas, le pape défend une idée centrale : la puissance technique ne doit jamais devenir un pouvoir de domination sur l’être humain. Il appelle ainsi à « désarmer » l’IA et met en garde contre ses usages militaires, économiques, politiques et sociaux. Cette position prolonge son discours écologique : l’intelligence artificielle consomme de l’énergie et de l’eau, tandis que ses infrastructures peuvent accentuer les pressions exercées sur les ressources naturelles.
Il serait pourtant réducteur de présenter Léon XIV comme un simple successeur moins ambitieux de François sur l’écologie. Les faits disponibles dessinent plutôt une inflexion : l’écologie n’est pas abandonnée, mais intégrée à une réflexion plus vaste sur la dignité humaine, la technologie, le travail, la paix et les rapports de pouvoir. Son encyclique insiste notamment sur la nécessité de ne pas concentrer les technologies et les connaissances entre les mains de quelques acteurs. En mai 2026, il a également approuvé la création d’une commission interdicastérielle consacrée aux enjeux éthiques de l’intelligence artificielle.
C’est ici que le discours pontifical devient particulièrement intéressant pour une réflexion agnostique. Léon XIV affirme que l’IA peut traiter des données, établir des corrélations et imiter certaines capacités humaines, mais qu’elle ne possède ni conscience morale, ni empathie, ni expérience vécue. Il défend donc une frontière entre calcul et expérience humaine, entre puissance technique et capacité à donner du sens. À l’UNESCO, il a encore souligné que l’IA ne pouvait répondre, à partir d’une expérience vécue, aux questions fondamentales portant sur le sens de l’existence.
Cette position permet aussi d’interroger une idée plus provocatrice : et si la véritable inquiétude des religions face à l’IA était la possibilité que celle-ci mette à l’épreuve leurs récits, leurs arguments et leurs prétentions à détenir une vérité sur l’humain ? L’hypothèse est intellectuellement stimulante, mais elle ne constitue pas un fait établi. Rien dans les déclarations recensées ne permet d’affirmer que Léon XIV craindrait que l’intelligence artificielle démontre les « sophismes » ou les « mensonges » des religions. Son discours porte explicitement sur la domination technologique, la responsabilité humaine, la concentration du pouvoir et la protection de la dignité, non sur une prétendue capacité de l’IA à trancher les questions métaphysiques.
Cela n’empêche pas une interrogation plus profonde. L’IA pourrait effectivement modifier le rapport traditionnel à l’autorité et au savoir, y compris dans le domaine religieux. Elle permet de comparer des doctrines, de confronter des textes, d’identifier des contradictions argumentatives et d’accéder rapidement à des interprétations historiquement éloignées. Mais elle ne transforme pas pour autant une analyse statistique en arbitre de la vérité. Une machine peut repérer une contradiction dans un raisonnement théologique ; elle ne peut décider, par elle-même, si une proposition métaphysique est vraie ou fausse.
Le paradoxe est donc ailleurs. Le pape demande une « écologie de la communication », une éducation à l’esprit critique et même une forme de retenue dans l’usage de l’IA. Il affirme également que la technologie doit rester contestable et soumise à des règles collectives. Ces principes dépassent largement le cadre catholique : ils posent la question de savoir qui possède les outils capables de produire, sélectionner et hiérarchiser l’information.
Depuis une perspective agnostique et antithéiste, on peut donc retourner la question sans attribuer au pape une intention qu’il n’a pas exprimée : si l’IA oblige chacun à examiner ses croyances, elle devrait aussi soumettre les institutions religieuses à la même exigence critique que les institutions politiques, scientifiques ou économiques. Mais cette exigence vaut également pour l’IA elle-même. Elle ne devient pas une autorité infaillible simplement parce qu’elle paraît savante.
Le véritable enjeu n’est peut-être ainsi ni de savoir si Léon XIV est plus ou moins écologique que François, ni de déterminer si l’Église doit avoir peur de l’intelligence artificielle. Il est de savoir qui aura le pouvoir de définir le vrai, le juste et l’humain lorsque les machines participeront de plus en plus à cette définition. Sur ce terrain, le débat religieux rejoint soudain une question beaucoup plus vaste : dans un monde où aucune autorité ne devrait être dispensée de l’examen critique, qui acceptera encore de rendre des comptes ?







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